ESSAI & TRIENNALE : De la simplification et de l’économie de moyens dans un monde inutilement complexe

Rédigé par Sarah ADOR
Publié le 04/10/2019

Article paru dans le Séquences Bois n°122

Installé dans le village de Pesmes, lauréat de l’Equerre d’Argent 2015 pour la maison de santé de Vézelay, Bernard Quirot nous fait part de ses convictions d’architecte intègre et engagé dans un petit livre édité il y a quelques mois chez Cosa Mentale, sobrement intitulé Simplifions.

« La principale oppression aujourd’hui est de rendre le monde illisible et c’est en simplifiant le monde de la complexité factice dans laquelle il baigne que l’on a une chance de le comprendre et, par conséquent, de le transformer (Alain Badiou, France Culture) », cite-t-il en première page. L’automnale Triennale de Lisbonne 2019 (5e édition), dont le commissariat a été confié aux enseignants du master Architecture & Expérience de l’École d'Architecture de Marne-la-Vallée, lui fait un certain écho, en proposant, par le médium de cinq expositions, de réfléchir aux poétiques de la raison (Poetics of Reason), et à l’économie de moyens (Economy of means). Le livre et l’exposition ont ceci en commun qu’ils notent la perte d’un vocabulaire unifié de l’architecture, et de sa vocation à constituer une culture partagée, compréhensible par tous. 

Cherchant tous deux à explorer ce qui pourrait constituer la spécificité profonde de cette discipline, leur proposition est unanime : la rationalité constructive, avec ce qu’elle suppose de simplification à l’essentiel, d’économie de moyens, et d’organicité, « dans le sens où elle serait un système où chaque partie est liée au tout » (Éric Lapierre). « En réduisant les moyens utilisés dans un projet, les architectes explorent les limites et la définition de l'architecture elle-même », propose-t-il. Convaincu par une approche tectonique de l’architecture, Bernard Quirot se demande quant à lui : « Qu’est-ce que l’architecture si ce n’est l’expression des forces de la construction, soit que l’on cherche à sublimer la gravité, soit que l’on cherche à la nier ? […] Toutes les grandes périodes de l’Histoire de l’architecture ont toujours fait des forces leur principal sujet jusqu’au Mouvement Moderne dont l’abstraction constructive, annoncée par l’Art Nouveau, a nié jusqu’à leur existence. L’architecture a alors cessé de devenir un bien commun ». Face à l’assemblage multicouche de produits industriels que constituent désormais la plupart de nos édifices – faute aux réglementations thermiques notamment ? –, le retour au matériau dans sa plus simple expression serait une piste. Alors, se profile-t-il une virée au Portugal ou une après-midi au coin du feu ? Dans les deux cas, à l’heure d’une raréfaction des moyens techniques et énergétiques, mais aussi d’une artificialisation toujours croissante du monde, les questions posées méritent d’être entendues.

- Triennale de Lisbonne 2019 « Poetics of Reason », du 3 octobre au 2 décembre 2019.
- Bernard Quirot, Simplifions, Editions Cosa Mentale, Collection Essais, avril 2019, 20€.

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