N° 122 - Octobre 2019

> Pousser en hauteur, le destin de la matière ligneuse ?

Alors que les projets d’immeubles bois se multiplient, la filière émerge comme une alternative de plus en plus convaincante à l’égard de la concurrence. Elle prend peu à peu possession d’un marché qui lui était jusque-là fermé – la ville et ses immeubles de bureaux et de logements. Néanmoins, si la hauteur contraint l’ingénierie à affronter de nouveaux calculs, il semblerait que l’architecture se standardise quelque peu, voire – osons-le – s’appauvrisse en adoptant quelques recettes génériques. Si les convaincus de longue date voient ici l’aboutissement d’années d’efforts pour légitimer la filière dans tous les programmes et contextes, et si ce mouvement participe d’une réduction bienvenue de l’empreinte carbone des constructions, n’y-a-t-il pas lieu de regretter quelque peu la dimension alternative qu’elle portait jusqu’alors, lorsqu’elle allait de pair avec une forme de frugalité, et des manières de construire et de vivre différentes ? Produit miracle, le CLT est partout, et avec lui, l’industrialisation de la construction bois. Faisant usage du CLT comme de voiles de béton, la filière bois n’adopte-t-elle pas le langage des autres filières ? N’a-t-elle pas perdu en route ce qui faisait sa singularité ? Pour cela, nous avons choisi de ne pas présenter une nouvelle fois le palmarès des plus grandes tours bois. En effet, les records mondiaux tels que la Mjøstårnet norvégienne et la Tallwood House canadienne sont loin d’enthousiasmer nos sensibilités d’architectes, hormis par l’exploit technique dont ils témoignent. Nous avons préféré vous présenter sept projets qui, sans toucher les nuages, s’essaient à l’exercice de la moyenne hauteur. Ils sont autant d’occasions de s’interroger à propos de ce que l’architecture bois devient en milieu urbain, des effets d’une industrialisation de la filière, et de ce qu’il est advenu de la singularité de ce matériau et de sa tectonique propre. À l’exception de Moholt 50|50 et son parti-pris mono-matériel, ces édifices cachent leur véritable identité matérielle derrière un parement brique, acier, verre, métal déployé, ou encore aluminium. Faut-il regretter ces camouflages trompeurs, et rejoindre Bernard Quirot quand il déplore à quel point nos architectures sont devenues des superpositions de produits industriels ? Ou faut-il apprécier ce parti pris comme une manière de garantir la pérennité de l’aspect extérieur, en utilisant chaque matériau à sa juste place ? Enfin, on pourra également questionner la pertinence d’adhérer, nous aussi, à cette inépuisable fabrique de plateaux de bureaux de luxe, au vu des enjeux sociaux qui émergent de nos territoires.

Sarah Ador

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