INNOVATION : Woodoo, à la recherche d’un bois renforcé

Rédigé par Sarah ADOR
Publié le 06/09/2018

Diplômé en architecture et en biologie moléculaire, Timothée Boitouzet, formé par l’Ecole d’Architecture de Versailles, le Kyoto Institute of Technology, le MIT et Harvard, est sur la voie d’une innovation d’envergure. Indigné par la faible valorisation du bois français, dans un pays pourtant 2e puissance forestière européenne, le jeune chercheur a décidé d’entreprendre des recherches autour de la mise en valeur des bois de faible constitution (charme, tremble, peuplier), qui sont pour le moment uniquement exploités en bois de chauffage et en pâte à papier. 

Accompagné d’un associé et d’un chimiste de la Silicon Valley, il a inventé un processus visant à renforcer le bois et à lui conférer de nouvelles propriétés. En effet, observant l’importante proportion de vide dans la matière ligneuse, de l’ordre de 60 à 90%, les chercheurs ont eu l’idée d’injecter dans ce volume vide une résine durcissante pour densifier le bois. Leurs recherches les ont mené à remplacer également la lignine, biomolécule pourtant garante de la rigidité et de l’imperméabilité de la matière. La résine ajoutée, synthétisée à partir de biomasse végétale, a effectivement la propriété de créer des liaisons anatomiques encore plus fortes entre les fibres du bois, mais aussi de le rendre translucide, d’augmenter sa résistance au feu ainsi qu’à l’oxydation. L’intérêt est d’une part esthétique, mais aussi structurel. En effet, en prenant soin de conserver la micro-structure du bois lors de l’injection, la résistance aux efforts mécaniques pourrait être de 50 à 200% supérieure à celle du bois d’origine.


C’est ainsi que depuis septembre 2016, date de création de l’entreprise Woodoo, cinq brevets ont été déposés. Depuis, vingt-cinq prix de l’innovation ont récompensé ce projet, et les recherches continuent dans deux laboratoires, à Bordeaux et Nancy. Si l’ambition, à terme, consiste à révolutionner le secteur de la construction, dans un premier temps, l’innovation va être commercialisée dans les secteurs du luxe et du design, car seule la recherche sur les fines sections est pour le moment aboutie. Il est prévu que les premières séries sortent à la fin de l’année. Pour une utilisation en architecture, il faudra que l’équipe sollicite des certifications ATEx*, et trouve d’importants financements. Dans une récente interview, Timothée Boitouzet annonçait le lancement d’une levée de fonds de 7 millions d’euros cette fin d’année, en vue de la poursuite des recherches dans cette voie. À suivre.


*ATEx : (définition du CSTB) Créée à l'initiative du CSTB et des acteurs de la construction – et notamment avec les contrôleurs techniques – , l'ATEx est une procédure rapide d'évaluation technique formulée par un groupe d'experts sur tout produit, procédé ou équipement innovant. Cette évaluation est souvent utilisée soit en préalable à un Avis Technique, car elle permet des premiers retours d'expérience sur la mise en œuvre des procédés, soit pour un projet unique.

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