PATRIMOINE / Une péripétie supplémentaire pour la grande dame parisienne

Rédigé par Lukas DAUNORA
Publié le 24/05/2019

Article paru dans le Séquences Bois n°120

Suscitant une mobilisation internationale - autant émotionnelle qu'économique -, la Cathédrale de Notre-Dame, partiellement incendiée le 15 avril dernier, se trouve aujourd'hui objet de fantasmes. Perdant sa flèche et les arbres de "la forêt de Notre-Dame", datant respectivement de 1859 et 1220, ce monument historique est devenu un lieu de débat opposant conservatistes et progressistes. Une occasion idéale de rappeler le passé tumultueux d'un lieu de mémoire parti en fumée, classé Monument Historique depuis 1862 et inscrit au Patrimoine Mondial de l'UNESCO depuis 1991. Initiée par l'évêque Maurice de Sully en 1163 et aboutie sous le règne de Saint Louis, la genèse de la cathédrale de Notre-Dame de Paris dura près d'un siècle. C'est à cette époque, en 1220, que la "Forêt de Notre-Dame" fut érigée : une charpente de 120 mètres de longueur par 13 mètres de large dans la nef et 40 mètres dans le transept, pour 10 mètres de hauteur. Réutilisant certaines pièces d’une charpente antérieure incendiée entre 11601170, ce majestueux assemblage était constitué de poutres de petite section issues chacune de chênes différents. Cette seconde charpente permit un agrandissement des fenêtres et un rehaussement du mur gouttereau afin de l'aligner avec celui de la nef. Au total, 1300 chênes, soit 21 hectares de forêt, furent mis en œuvre pour supporter 210 tonnes de tuiles de plomb. En parallèle, on édifia la première flèche selon un principe de charpente qui s'appuyait sur les quatre piliers du transept, situé en dessous, et dont la pointe s'élevait à 78 mètres. Malheureusement, elle fut démontée fin XVIIIe à cause d'un pourrissement de la charpente. La cathédrale resta alors sans flèche jusqu'à la restauration, commencée en 1844. Par la suite, des projets d'embellissements affinèrent la silhouette de Notre-Dame jusqu'à la Renaissance, notamment par la mise en place des arcs-boutants du chœur. La période de la Révolution marqua ensuite Notre-Dame par un bon nombre d'actes de vandalisme. Puis, en 1793, la cathédrale se transforma en monument athée sous Pierre Gaspard Chaumette, porte-parole des sans-culottes, avant de devenir un entrepôt après l'interdiction du culte catholique, fin 1793. Rendue définitivement au culte en 1802, quelques opérations surfaciques tentèrent de réhabiliter l'édifice, mais l'hypothèse de la destruction fut tout de même évoquée, au vu du piètre état de la cathédrale. C'est donc dans un contexte d'urgence, en 1844, que Jean-Baptiste Antoine Lassus et Eugène Viollet-le-Duc débutèrent la restauration. Remarqué pour la cathédrale Sainte-Croix d'Orléans (inspirée de la cathédrale Notre-Dame d'Amiens), Viollet-le-Duc eut recours au chêne de Champagne pour construire une structure bois de 500 tonnes, recouverte d'un manteau de plomb de 250 tonnes, afin d'ériger une flèche qui atteignait  93 mètres. Débarrassée de son rôle de clocher, la charpente de la flèche devint indépendante du toit de la cathédrale, restauré lui aussi pour l'occasion. Cette partie de l'édifice resta inaccessible au grand public jusqu'à l'incendie du 15 avril, qui éteignit définitivement le moindre espoir de visiter l'ouvrage. Dans l'attente d'un nouveau visage, une église éphémère sera élevée sur le parvis de Notre-Dame pendant tout le temps des travaux : un lieu d'accueil et de refuge pour ceux qui utilisaient ou visitaient le lieu. Par ailleurs, si la Présidence semble pressée de voir ce symbole reconstruit pour l’année des Jeux Olympiques, n’oublions pas que l'édification de Notre-Dame nécessita deux cent années de construction. Aspirons donc à ne pas confondre vitesse et précipitation pour réparer cette œuvre patiemment édifiée en toute conscience des enjeux contemporains

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