Les possibles du bois-terre-paille

Rédigé par Sarah ADOR
Publié le 19/01/2022

Article paru dans Séquences Bois n°134

Alors que l’Etat lance l’appel à projets « Mixité pour la Construction Bas Carbone », une part croissante de concepteurs s’en remet à la version originelle de la mixité constructive : le Bois-Terre-Paille, comme alternative au BTP. « Nous sommes passés de 500 bâtiments isolés en paille en 2010 à plus de 6 000 aujourd’hui », observait Dominique Gauzin-Müller lors de l’inauguration de l’exposition TerraFibra (voir p.2). Une évolution que vise à conforter le projet européen UP-STRAW, porté par le Réseau français de la construction paille (RFCP).

Fin novembre, les Rencontres régionales de la construction bois-paille des Hauts-de-France1 ont montré que la filière bois était bien décidée à s’associer à cette dynamique. Par ailleurs, alors que « le sujet n’est plus tant, d’après l’ingénieur Alain Bornarel2, celui de la thermique d’hiver que du confort d’été », les constructions bois nécessitent des apports d’inertie auxquels la terre crue ou la pierre répondent de manière intéressante. Nécessitant peu de transformation, saine et vertueuse pour l’homme et les territoires, la synergie de ces matériaux apparaît comme une solution évidente de simplicité et de proximité pour réduire l’impact environnemental de nos constructions. « Cultiver la maison de demain »3 , recourir aux matériaux agrosourcés, c’est aussi contribuer à la fabrication d’un paysage porteur de sens pour ses habitants. « La seule écologie se trouve à moins de 20 kilomètres », défend l’architecte Julien Pradat (Murmur architectes). La pénurie de matériaux contribue aussi à cette remise en cause du recours systématique aux circuits mondialisés, et réoriente l’intérêt de plus en plus d’acteurs vers les filières courtes, économiquement plus stables, moins carbonées sur le plan du transport, mais aussi vectrices de développement local. Si le réseau Fibois cherche ainsi à stimuler l’usage des feuillus, la paille s’impose partout comme une évidence, disponible localement, en abondance. Là où le cycle de la forêt, et donc du matériau bois, s’inscrit sur le temps long, l’intérêt des fibres végétales repose aussi sur le fait que ces « plantes ont un cycle d’une année seulement », rappelle Dominique Gauzin-Müller. Parmi celles-ci, la paille a l’intérêt de ne pas concurrencer d’autres usages du sol, car elle est un co-produit de la culture de céréales. Elle est plus exactement « un rejet, et pas un sous-produit », précise Denis Delporte (coopérative Artois Eco-Paille), rappelant qu’elle ne s’utilise pas telle quelle en construction : elle doit être longue, compactée avec une densité réglementée, et mise en œuvre avec une humidité contrôlée. Ces paramètres garantissent sa qualité sur le plan isolant, mais aussi sur le plan de l’inertie et du confort hygrométrique, même si ces vertus ne sont pas comptabilisées dans les calculs de thermique. Mais comme la terre crue ou le bois, la paille est sensible à l’eau, et nécessite donc « de bonnes bottes et un bon chapeau », rappelle le contrôleur technique Laurent Dandres, référent national en matériaux biosourcés chez APAVE. La formation Pro-Paille permet de maîtriser ces particularités de mise en œuvre. En effet, la construction en paille fait l’objet de règles professionnelles depuis 2012, lui permettant de s’inscrire dans le cadre avantageux des techniques courantes. Avec l’expérience de plusieurs chantiers en bois-paille, Julien Pradat relève néanmoins quelques points de vigilance : la nécessité de charpentiers formés, des tests d’étanchéité renforcés, et une attention accrue au bon remplissage des angles, que le format standard des ballots complique. Pour répondre à ces enjeux, des entreprises comme Activ’Paille se spécialisent dans la préfabrication de caissons bois-paille. D’autres travaillent sur la possibilité de fabriquer des demies bottes, voire des bottes sur mesure, qui pourraient être utilisées en ITE ou en milieu urbain dense. De son côté, la coopérative ielo cherche à homologuer une technique de paille hachée, qui pourrait être insufflée dans des ossatures bois, comme la ouate de cellulose, à un prix équivalent. En effet, malgré l’apparente simplicité de ce matériau agrosourcé, son prix reste souvent, pour l’heure, plus élevé que celui d’isolants standards, induisant la nécessité d’un portage politique « sans quoi les architectes ne peuvent rien », déplore l’agence d+h Architecture Environnement. Pour ne pas en dépendre, la recherche de solutions compétitives est un enjeu majeur de démocratisation de ces pratiques.

1. Co-organisées à Arras par Fibois Hauts-de-France et CD2E
2. Co-fondateur du BET Tribu et co-auteur du Manifeste pour une frugalité heureuse et créative, lors du OFF du Développement Durable de Paris
3. Slogan de l’entreprise Activ’Paille

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