POINT DE VUE I LAMES DE DISCORDE

Rédigé par Christelle GRANJA
Publié le 06/02/2023

Article paru dans Séquences Bois n°141

Loués pour leurs vertus écologiques et esthétiques, les platelages en bois font débat dès qu’ils grisent et vieillissent. Les réactions qu’ils suscitent révèlent les tensions entre le désir d’immuabilité des ouvrages d’art et la nécessité écologique de faire appel à des matériaux exigeants en termes de maintenance, une pratique encore trop peu financée pour s’imposer. 

À Paris, sur le pont des Arts, le badi, un bois africain réputé pour sa résistance, remplacera bientôt l’ancien platelage. Les vieilles lames de chêne installées en 2005 ont fait leur temps, même si certaines d’entre elles, encore en bon état, sont conservées dans les dépôts de la mairie de Paris en vue d’un futur réemploi. L’usure de l’ouvrage est loin d’être passée inaperçue : « Le Pont des Arts, ses rafistolages de fortune, ses planches pourries et de guingois », pouvait-on lire récemment sur Twitter sous le hashtag « saccageParis », parmi de nombreux commentaires moins polis. « Dix-huit ans de durée de vie, ce n’est pas catastrophique pour un platelage en chêne soumis à une utilisation aussi intense », nuance Ambroise Dufayet, chef de la section Seine et ouvrages d'art à la direction de la voirie de la mairie de Paris. Le choix d’une essence exotique peut interpeller, de la part d’une municipalité qui se dit attentive à l’impact carbone de ses actions. Mais Ambroise Dufayet défend « le résultat d’un arbitrage » en faveur d’un matériau qui répond à une exigence patrimoniale (une restauration en bois s’imposait pour le pont des Arts, inscrit au patrimoine de l'Unesco), qui reste plus écologique qu’un ciment (d’autant qu’il est certifié FSC*), tout en étant plus résistant qu’un bois local, donc « nécessitant moins d’entretien » (le badi est un bois de classe 5, contre 4 pour le chêne). À Paris, la résistance de l’essence africaine a déjà été mise à l’épreuve, avec succès, pour des passerelles enjambant le canal Saint-Martin, précise Ambroise Dufayet. 

« Entretien », voilà le mot-clé.  (...)

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