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Article paru dans Séquences Bois n°149 Interview de Ali Ali Toybou, dit Babali, charpentier et agroforestier Mahorais. |
Pour commencer, pouvez-vous choisir trois moments clés de votre vie professionnelle pour vous présenter à des lecteur·ices qui ne vous connaîtraient pas ?
Babali : Le premier, je peux dire que c’était
le jour où j’ai commencé un travail de
main-d’œuvre dans une entreprise de
menuiserie et charpente à Cawini. Le
patron m’avait repéré et demandé : « tu es
jeune, pourquoi n’es-tu pas à l’école?» Je lui
avais répondu «parce qu’il n’y a personne
pour m’aider à intégrer une école. »
Comme il prenait depuis longtemps des
apprentis en alternance, il a pu négocier
avec un centre de formation, malgré le fait
qu’il n’y avait plus de place. Il n’y avait pas
de banc, pas de chaise, j’étais debout. Mais
une semaine après mon arrivée ils ont
trouvé une solution. C’est le premier
moment qui m’a vraiment marqué, parce
que même ma propre famille était dépassée et quelqu’un que je ne connaissais pas
a fait un grand pas pour moi. Alors je me
suis dit qu’il fallait que j’aille jusqu’au bout de cette mission. J’ai fait les trois ans de
formation et j’ai reçu mon CAP en
menuiserie-agencement.
À la fin de la troisième année, j’ai réuni ma famille et j’ai dit : «j’ai besoin d’un petit bout de terrain, et de main-d’œuvre pour faire des planches et des chevrons. Quand j’aurai fini mon diplôme, je ne vais pas aller en métropole. » Je voulais m’installer, parce que je suis l’ainé de la famille, et que je dois aider à sa ressource financière. C’était un peu une déception du côté de ma mère, parce qu’elle voulait que je continue. Mais mon père m’a aidé à faire les démarches. On a cherché les matériaux, on a coupé des planches, on a tout fait pour réaliser un petit atelier, avec les cotisations de toute la famille. Plus tard, un monsieur m’a informé qu’il y avait un concours, et m’a demandé si je voulais monter un projet. «Je ne sais pas monter un projet, mais si tu fais le dossier avec moi, bien sûr » ai-je répondu. Il m’a aidé à l’écrire et à le déposer et j’ai été lauréat des jeunes créateurs d’entreprise à Mayotte. J’ai obtenu une aide de 30000 francs à l’époque, financée par la jeunesse des sports, pour acheter une machine. Tout a commencé par là et je pense que c’est grâce à ça, que j’en suis là aujourd’hui. (...)
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