Retour sur les Rencontres romandes du bois - une approche critique de l'utilisation du bois en architecture

Rédigé par Sarah ADOR
Publié le 03/11/2021

Article paru dans Séquences Bois n°133

Du 7 au 9 octobre, le Musée Olympique de Lausanne (Suisse) accueillait les Rencontres romandes du bois, orientées cette année sur la thématique du sport. Après une première journée consacrée aux usages innovants du bois sous des formes plus ou moins transformées (lamellé-collé de feuillu, bois densifié, chimie du bois), le critique d’architecture Christophe Catsaros coordonnait le second jour un riche programme de conférences et de débats portant sur l’emploi du bois en architecture, au prisme des enjeux d’écologie, de durabilité et d’innovation qu’il soulève.

« La filière bois ne doit pas être en deçà de ce qu’attend la société », lança-t-il en préambule de son intervention matinale, dédiée à un état des lieux du tournant écologique. Présenté comme un « régulateur global des écosystèmes », l’arbre, et ainsi le bois, pourrait selon lui se targuer d’un « rôle central » dans une société plus écologique. Mais tout usage du bois est-il sain, écologique, vertueux ? C’est la question que Christophe Catsaros posait ce vendredi au public. Vouloir construire aussi grand, aussi haut que nous l’avons fait en béton, en acier, entrer dans la « course à la performance », recourir au « bois global », « est-ce toujours en phase avec le récit écologique ? », a t’il adressé à l’assemblée d’industriels et de bureaux d’études, parmi laquelle étaient présents quelques architectes bien engagés sur cette voie. Et si nous laissions au contraire « le bois dicter de nouvelles règles » ? Celles qui le caractérisent : sa croissance lente, ses caractéristiques et limites mécaniques, son « déclin naturel, qui ne laisse pas de traces » ? « Promouvoir le bois en général ne suffit plus, il faut aller au-delà de l’image générique du bois », et cesser d’accepter ce qui relève du junkwood - le bois venu de l’autre côté de la planète, les intérieurs en bois densifié dans un SUV diesel, les cuillères en bambou jetables, les meubles de mauvaise qualité en panneaux agglomérés que l’on jette à chaque déménagement - propose-t-il, convaincu que nous devrions l’utiliser au contraire dans une perspective holistique, cohérente, et composer avec sa dimension territorialisée, qui façonne à la fois des produits finis et des paysages. « Dans le Pays-d'Enhaut [situé dans les Préalpes vaudoises, Suisse], l’acte de couper un arbre et de construire sont liés », a-t-il rappelé, prônant la résurrection des petites scieries de montagne et de projets façonnés avec les ressources matérielles et humaines locales, qui participaient d’une « émancipation politique de communautés d’habitants », à la manière de ce qu’expérimente le collectif ROTOR lorsqu’il fait participer les habitants au démontage d’un édifice. 

Invité à sa suite, l’architecte finlandais Olavi Koponen a tenu lui aussi à défendre une certaine radicalité, en rappelant que nous nous dirigions vers une élévation des températures de 2,7° C, avec un engagement pour le moment insuffisant du secteur de la construction pour atteindre les -45 % d’émissions de carbone convenus d’ici 2030 (+ 16 % à l’heure actuelle). Qualifié de « Lacaton & Vassal du bois » par Christophe Catsaros, l’architecte a présenté à travers une succession de réalisations en bois et paille sa manière de traduire son engagement en conciliant frugalité et générosité architecturale dans des projets de maisons nordiques comme dans des équipements publics de plus grande envergure en France avec l’agence grenobloise r2k.

Portant sur des programmes sportifs, les quatre démarches de projet présentées ensuite ont permis de démontrer les possibles du matériau bois dans ce secteur, au service d’une architecture moins carbonée, dont l’échelle interroge tout de même les limites de ce que serait une réelle démarche écologique. [...]

> Pour lire la suite de l'article, commandez le numéro <

Les articles récents dans Points de vue

PRÉCURSEUR - LUCIEN KROLL, QUAND « L’EXISTANT » VA AU-DELÀ DU SEUL BÂTIMENT Publié le 08/11/2022

Simone et Lucien Kroll, inspirateurs, précurseurs, d’une architecture du « commun ». Le… [...]

POINT DE VUE | L’EXISTANT VACANT COMME RESSOURCE SOLIDAIRE Publié le 08/11/2022

Centre temporaire d’hébergement de Winterthur. En Août 2022, on dénombrait 770 personnes… [...]

POINT DE VUE | TROIS PAS DE CÔTÉ Publié le 08/11/2022

Les réalisations proposées dans ce numéro sont autant de manières d’ajouter à l’existant de… [...]

POINT DE VUE - Son de cloches Publié le 01/09/2022

Le CNB, le conseil national du bruit, estime que le coût social des nuisances sonores pour la… [...]

POINT DE VUE - L’inertie en plancher, apporter de l amasse sous nos pieds Publié le 01/09/2022

Si les chapes semblent s’être généralisées sous nos pieds pour satisfaire les exigences… [...]

PRÉCURSEUR - ALVAR AALTO, précurseur et humaniste Publié le 01/09/2022

Il semble que pour tout amateur d’architecture, le voyage en Finlande s’impose, à l’instar du… [...]