RE2020 : de nouveaux indicateurs en faveur de la filière bois ?

Rédigé par Sarah ADOR
Publié le 23/06/2020

Article paru dans le Séquences Bois n°126

Visant à élargir le champ de la réglementation thermique à une exigence plus générale de réduction de l’impact des constructions sur l’environnement, la Réglementation Environnementale 2020 (RE2020) est sur le point de se dévoiler au grand jour. Fruit de trois ans d’expérimentations et de concertations d’experts, cette réglementation comprend, d’un point de vue méthodologique, tout ce qu’il faut pour encourager l’essor des filières biosourcées, et donc pour limiter notre contribution au réchauffement climatique.

En effet, la RE2020 sera basée sur deux outils de calcul interdépendants. Tout d’abord, une simulation énergétique, dans la continuité de celle de la RT2012, avec un calcul basé sur deux grandes saisons (une de chauffage, une de protection solaire et surventilation), et la prise en compte affinée d’indicateurs d’implantation, de compacité, d’orientation, de caractéristiques d’enveloppe et d’inertie, mais aussi d’autres paramètres moins architecturaux spécifiquement liés à la question énergétique. Et de l’autre, un outil de mesure de l’impact environnemental : l’analyse de cycle de vie (ACV), appliquée à tout ce qui est construit sur le périmètre du permis de construire, ainsi que les consommations et rejets incidents que les particularités formelles, techniques et fonctionnelles des constructions génèreront, visant donc cinq postes : chantier, matériaux et équipements, consommations d’énergie  induites par le bâtiment, consommations et rejets d’eau générés, et aménagements et usages de la parcelle. Elle mesurera les impacts environnementaux (émissions de gaz à effet de serre (GES), rejet de polluants) de toutes les étapes de vie de chacun des matériaux, de son extraction à son élimination de fin de vie, en passant par le transport, la fabrication, la mise en œuvre, l’entretien et le remplacement. Cet outil permet de mettre en évidence l’intérêt écologique d’une provenance locale, du recours à un matériau d’origine renouvelable (qui nécessite très peu d’énergie d’extraction ou de fabrication), d’un matériau ou d’un équipement durable dans le temps (qu’on ne change pas tous les deux ans) ou réemployable, d’un dispositif passif,... La préfiguration E+C-, menée depuis 2017 auprès de 130 projets et au moyen de 224 calculs, grâce au travail de suivi et de co-conception de treize bureaux d’études référents, a montré que les produits de construction et équipements généraient 65 à 85 % du carbone émis sur l’ensemble du cycle de vie d’un édifice, d’où l’importance de travailler sur ce poste. Il a notamment été calculé que la construction bois permettait de diminuer l’impact environnemental de 5 à 50% (selon les systèmes constructifs et données utilisées) par rapport à la construction conventionnelle.

Mais encore faut-il que les données existent. Si la plateforme INIES y est dédiée, le rapport sur l’expérimentation Energie Carbone, rendu public le 12 mai, indique que les ACV ont été réalisées avec près de la moitié de données par défaut (DED), faute de fiches spécifiques (FDES) pour chaque produit utilisé. Cela se révèlerait pénalisant d’environ 15% du point de vue de l’impact environnemental. Seul moyen d’être valorisées comme il se doit dans les calculs, les filières les plus écologiques (courtes et biosourcées notamment) doivent donc travailler à fournir leurs données. Hélas, c’est une mission onéreuse pour les petites filières comme celles de la paille et du chanvre. De son côté, la filière bois est une des plus actives, avec 70 fiches à son actif, notamment grâce à la création par le FCBA d’un configurateur collectif, DE-bois, qui permet de générer une fiche en rentrant des paramètres simplifiés.

Plus généralement, si la méthode rendue publique le 21 avril est ambitieuse, il reste à voir si les niveaux d’exigence le seront. Le gouvernement a d’ores et déjà annoncé que seules certaines valeurs seraient réglementaires, et que d’autres seraient simplement incitatives et pédagogiques, sur un principe de labellisation du type Bâtiment Biosourcé. Délégué Général de l’Union des Industriels et Constructeurs Bois, Romain Canler nous prévient : pour atteindre l’objectif de neutralité carbone fixé à 2050, toutes les constructions françaises devront être classées C2 d’ici 2035, soit la performance carbone la plus exigeante à ce jour. Ces fameux seuils, au sujet desquels la concertation devait avoir lieu durant le printemps – programme compromis par l’épidémie –, seront révélés durant l’été. La publication des décrets et arrêtés aura ensuite lieu au plus tard début 2021, pour une entrée en vigueur à l’été 2021. Si les émissions de GES et le stockage du carbone ne sont pas réglementés par des seuils obligatoires, par égard pour les filières conventionnelles, nous pourrons faire une croix définitive sur la neutralité carbone en 2050, et commencer à travailler sur la conception de bâtiments adaptés au climat tropical...!

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